Rétrospective Léa Pool

Rétrospective Léa Pool

La Cinémathèque suisse consacre une rétrospective à la réalisatrice québécoise d’origine suisse Léa Pool. Ce programme de dix films – de son premier long Strass Café en 1980 à l’avant- première de On sera heureux, projeté au Capitole en sa présence – célèbre une cinéaste indépendante et queer avant l’heure.

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Léa Pool : De l’intime féminin au cinéma

En 1980, Léa Pool sort son premier film de fiction en noir et blanc, Strass Café. A cette époque, j’étudie le cinéma et le théâtre à la Sorbonne Nouvelle à Paris.

En 1986, elle réalise Anne Trister alors que je sors diplômée de l’Ecole Nationale Louis Lumière, portée par l’envie de devenir cheffe opératrice. Au milieu de l’été 1999, dans une salle du quartier latin à Paris, je vois Emporte-moi. Je suis bouleversée.

Avec ce film, j’entre dans l’univers intérieur d’une adolescente en quête d’elle-même, entre désir, rébellion et solitude. Je me retrouve propulsée face à ma propre intimité de femme. Le regard de Léa n’est pas neutre. Il déplace la perspective et affirme une vision singulière, encore trop rare dans un paysage cinématographique dominé par le regard masculin. Le sien, profondément féminin, transperce l’écran.

Lorsque plus de dix ans après, je croise ses producteurs à Cannes pour coproduire le film La Passion d’Augustine, mon cœur ne fait qu’un bond. Il est un peu tard pour que je puisse monter un cofinancement avec la Suisse, mais en 2015, nos chemins se recroisent et je coproduis le film Et au pire on se mariera.

Puis en 2022, je participe au développement et coproduis le film Hôtel Silence. Ce furent deux très belles expériences. Travailler sur un film avec Léa est une aventure faite de connivences et d’échanges profonds.

Léa Pool est une autrice d’une grande créativité, profondément habitée par les sujets qu’elle explore. Il y a toujours, dans ses films, une part intime d’elle-même. Son œuvre et sa personne sont indissociables: elle y dépose ses histoires, ses rencontres, ses expériences et ses désirs, au plus près de ses émotions.

Quand Léa a commencé à réaliser des films, elle était presque seule dans ce milieu. Il y avait peu de modèles, et s’il y en avait, elle n’en parlait pas: «Je n'aime pas juger les films des autres».

Par ses films, elle n'a pas seulement permis à des milliers de spectatrices de reconnaître leur identité et de se libérer des préjugés, mais elle est également devenue un modèle pour les jeunes femmes cinéastes qui aujourd'hui prennent plus facilement leur place.

Ses films parlent souvent de femmes rebelles et je pense que la personnalité de Léa y est pour beaucoup. Léa est une rebelle, une activiste, une féministe sans avoir à le revendiquer. Pour elle c’est naturel. Cela va avec la vie.

Elisa Garbar, Productrice à Louise Productions Lausanne

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